mardi 15 mai 2012

Une lisibilité toute Sherlockienne


Vous avez cédé sous la pression : vous êtes allée voir le nouveau Sherlock Holmes, réalisé par Guy Ritchie. Vous ne vous attendiez pas à grand-chose, mais vous avez quand même été surprise : c’était bien pire que vous ne l’aviez imaginé. La critique cinématographique n’est pas tellement votre fort, aussi vous avez été bien en mal d’argumenter devant le visage ébahi de votre grand frère, fan de Sherlock devant l’Eternel. Vous lui avez simplement dit que vous préfériez encore Le chien des Baskerville, de Terence Fisher. La conversation fut interrompue par votre belle-sœur.

Ne reculant devant rien pour vous faire adhérer à son culte, il vous a aiguillée vers la récente série de la BBC qui implante la figure du détective privé au 21ème siècle, avec ses Smartphones et ses Black Cabs. Une série qui ressemble à une succession de long-métrages, d’ailleurs, au vu de leurs durées respectives. Vous qui préférez les formats courts, ce fut une mauvaise nouvelle.

Nonobstant cette petite contrariété, vous avez immédiatement accroché aux nouvelles aventures de Sherlock et de son nouveau colocataire, John. Vous avez adoré les acteurs et la manière dont ils embrassent la modernité. Vous avez surtout été stupéfaite par la qualité visuelle de l’ensemble. Et notamment par le plus apparent, la manière dont l’activité sur les téléphones est étalée au spectateur.



‘Wrong ! Wrong ! Wrong !’ Ces SMS sont adressés à des journalistes, et constituent une réponse à l’affirmation de l’inspecteur posté devant eux, dans une conférence de presse chargée de faire la lumière sur la succession de suicides/meurtres (?) à Londres. L’auteur de ces SMS nous est inconnu, et nous allons apprendre son identité lors du quatrième SMS adressé à l’inspecteur, qu’il signe ‘SH’. 

Tous les journalistes reçoivent ce SMS en même temps. Vous ne vous êtes pas posé des questions narratives sur la technique de Sherlock, non, vous avez été séduite par la fluidité formelle de la séquence. Des gros plans sur les journalistes, sur les policiers, et un plan large pour observer la réception des SMS, comme si Sherlock planait au-dessus de tout le monde ; l’incrustation du texte sur l’image qui, même si vous aviez déjà vu un procédé similaire auparavant (notamment dans La fille du RER, d’André Téchiné, que vous étiez allé voir avec votre meilleure amie), participe à la clarté de la narration tout en évitant des très gros plans prévisibles et peu séduisants sur les téléphones.

Les trois premiers plans reproduits ci-dessus ont sans doute été filmés dans la continuité – à moins que l’homme du premier rang ait toujours la même expression de visage lorsqu’il reçoit un SMS. Vous en avez parlé à votre grand frère, brièvement. Vous l’avez ensuite remercié pour le conseil, et lui avez demandé son avis. Il vous a répondu qu’il avait préféré le film de Guy Ritchie.

Décidément, vous trouvez qu’il y a quelque chose qui cloche.

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