lundi 28 mai 2012

Le badge, et en vitesse !


Vous n’aimez pas tellement la vitesse. Vous n’avez jamais mis les pieds dans un parc d’attractions, vous respectez scrupuleusement le code de la route et les jeux nécessitant de la rapidité vous ont toujours fatigué. Ainsi, vous aimez promener votre chien en forêt, lire votre journal en prenant votre café (une goutte de lait, un sucre) et rendre visite aux personnes malades de votre quartier. Toujours à pied. 

Sur le papier, vous n’êtes donc pas du tout le genre d’homme à aimer The Shield. Vous n’aviez jamais entendu parler de cette série avant de vous intéresser au synopsis, qui a attiré l’amateur de cop shows que vous êtes. Vous vous attendiez davantage à une forme très stylisée, un peu dans la veine d’un Johnnie To, par exemple. Vous vous êtes mis le doigt dans l’œil, à vrai dire, mais la déception passée, vous avez fini la première saison enchanté. 

Et pourtant, tout va très vite, parfois même un peu trop. Vous soupçonnez d’ailleurs les monteurs d’être volontairement sous l’emprise de drogues brouillant leur linéarité temporelle. Vous n’aviez pas de chronomètre en main devant la télévision, mais vous jurez qu’aucun plan ne dure plus de quatre secondes. Les champs-contrechamps s’enchainent, le cadre remue inlassablement, ce qui tend à rendre l’action interminable, sans possibilité de lui offrir une vraie fin.

Vous avez donc enchainé avec la deuxième saison, puis les suivantes. Si vous n’avez pas été convaincu par toutes les intrigues, vous avez été saisi par le souffle de l’ensemble, jusqu’à ne pas pouvoir vous lever de votre canapé à l’orée des season finales. La série vous a rendu Vic Mackey sympathique, et ce n’est finalement pas le moindre des exploits. 



Vous n’aimez pas tellement la vitesse, mais vous avez adoré The Shield. Les cases sont faites pour être brisées.

mardi 22 mai 2012

Girls and the City


A la télévision, Sex and the City a été votre premier coup de cœur – c’était quand même autre chose qu’Hélène et les garçons sans cerveau. Vous avez découvert la série peu de temps après votre premier rapport sexuel, ce qui a sans doute contribué à vous identifier à ces quatre filles. Carrie, Samantha, Miranda et… et… vous ne vous rappelez jamais de la quatrième. Oui, Charlotte, c’est ça. Le personnage qui vous ressemble le moins, ce n’est sûrement pas un hasard.

Vous en avez parlé autour de vous, sans grand succès. Le 20ème siècle venait de s’achever, et avec lui une cohorte de productions télévisuelles peu reluisantes. Votre entourage n’avait manifestement pas très envie de regarder une version sexualisée des Feux de l’amour. En dépit de vos arguments (le petit côté Nouvelle Vague avec le regard caméra, la qualité des dialogues, la sensibilité émanant de chaque scène conclusive, parmi quelques autres), vous n’avez pas été écoutée. 

Le temps a passé, vos hobbys ont changé. Vous n’êtes plus la même qu’il y a dix ans, aucun doute là-dessus, mais vous gardez une grande affection pour Sex and the City. Jusqu’à ne pas pouvoir vous empêcher d’aller voir le premier film, d’où vous êtes ressortie relativement déçue. Vous avez tout de même pleuré à la fin, parce que la tendresse que vous aviez eue pour ces quatre filles persistait malgré l’âge.

Récemment, votre nièce a retenu toute votre attention en évoquant la nouvelle série Girls, qui raconte le quotidien de quatre jeunes new-yorkaises. "Ca parle beaucoup de sexe", a-t-elle senti le besoin de préciser. Très curieuse sur la valeur de cette nouvelle production, vous vous êtes résolue à aller la voir de plus près. Certaines relations sont manifestes, vous les avez remarquées au premier coup d’œil. Mais ce qui vous a d’abord frappé, c’est la photographie très sombre de l’ensemble, à l’opposé de la luminosité patente de Sex and the City.

Durant ce pilote, vous n’avez évidemment pas raté la référence explicite à Carrie et ses copines, et apprécié l’angle sous lequel l’auteur avait choisi de se placer.



D’abord, c’est un poster du film, ce qui questionne la nature même de la série (objet clos ou sans fin ?). Ensuite, le cadre n’englobe pas la totalité du poster, ce qui laisse à penser que si elle revendique la référence un peu lourde, l’auteur ne compte pas pour autant réécrire un nouveau Sex and the City. Ce sera autre chose, qui traitera peut-être des mêmes thèmes mais pas de la même façon, pour la simple et bonne raison que les personnages n’ont pas le même âge et qu’elles n’ont pas la même situation sociale. 

Finalement, vous avez bien aimé le pilote. Votre nièce vous a demandé votre avis. Vous lui avez seulement demandé si elle disposait des épisodes suivants.

mardi 15 mai 2012

Une lisibilité toute Sherlockienne


Vous avez cédé sous la pression : vous êtes allée voir le nouveau Sherlock Holmes, réalisé par Guy Ritchie. Vous ne vous attendiez pas à grand-chose, mais vous avez quand même été surprise : c’était bien pire que vous ne l’aviez imaginé. La critique cinématographique n’est pas tellement votre fort, aussi vous avez été bien en mal d’argumenter devant le visage ébahi de votre grand frère, fan de Sherlock devant l’Eternel. Vous lui avez simplement dit que vous préfériez encore Le chien des Baskerville, de Terence Fisher. La conversation fut interrompue par votre belle-sœur.

Ne reculant devant rien pour vous faire adhérer à son culte, il vous a aiguillée vers la récente série de la BBC qui implante la figure du détective privé au 21ème siècle, avec ses Smartphones et ses Black Cabs. Une série qui ressemble à une succession de long-métrages, d’ailleurs, au vu de leurs durées respectives. Vous qui préférez les formats courts, ce fut une mauvaise nouvelle.

Nonobstant cette petite contrariété, vous avez immédiatement accroché aux nouvelles aventures de Sherlock et de son nouveau colocataire, John. Vous avez adoré les acteurs et la manière dont ils embrassent la modernité. Vous avez surtout été stupéfaite par la qualité visuelle de l’ensemble. Et notamment par le plus apparent, la manière dont l’activité sur les téléphones est étalée au spectateur.



‘Wrong ! Wrong ! Wrong !’ Ces SMS sont adressés à des journalistes, et constituent une réponse à l’affirmation de l’inspecteur posté devant eux, dans une conférence de presse chargée de faire la lumière sur la succession de suicides/meurtres (?) à Londres. L’auteur de ces SMS nous est inconnu, et nous allons apprendre son identité lors du quatrième SMS adressé à l’inspecteur, qu’il signe ‘SH’. 

Tous les journalistes reçoivent ce SMS en même temps. Vous ne vous êtes pas posé des questions narratives sur la technique de Sherlock, non, vous avez été séduite par la fluidité formelle de la séquence. Des gros plans sur les journalistes, sur les policiers, et un plan large pour observer la réception des SMS, comme si Sherlock planait au-dessus de tout le monde ; l’incrustation du texte sur l’image qui, même si vous aviez déjà vu un procédé similaire auparavant (notamment dans La fille du RER, d’André Téchiné, que vous étiez allé voir avec votre meilleure amie), participe à la clarté de la narration tout en évitant des très gros plans prévisibles et peu séduisants sur les téléphones.

Les trois premiers plans reproduits ci-dessus ont sans doute été filmés dans la continuité – à moins que l’homme du premier rang ait toujours la même expression de visage lorsqu’il reçoit un SMS. Vous en avez parlé à votre grand frère, brièvement. Vous l’avez ensuite remercié pour le conseil, et lui avez demandé son avis. Il vous a répondu qu’il avait préféré le film de Guy Ritchie.

Décidément, vous trouvez qu’il y a quelque chose qui cloche.

jeudi 10 mai 2012

Mistral gagnant


Vous ne vous étiez jamais intéressé aux séries télévisées. Vous n’en aviez jamais regardé, à vrai dire, et vous passiez alors pour un extraterrestre auprès de vos amis célibataires, pour lesquels la sortie d’inédits de The Big Bang Theory et de How I Met Your Mother constitue l’un des seuls rayons de soleil hebdomadaires. Vous n’osez leur prodiguer des conseils littéraires, pour la simple et bonne raison qu’ils vous traiteraient certainement de snob. Refusant d’aller au-devant du danger, vous éludiez simplement le sujet lorsqu’il était posé sur la table de débat.

Vous ne vous attendiez donc pas à vous laisser tenter par Plus belle la vie. Vous n’êtes pas idiot, vous connaissiez la réputation de la série avant de tomber dessus par le plus grand des hasards. Dans tous les cas, vous vous seriez aperçu par vous-même que son intérêt n’était pas celui que vous portez à Stendhal. Mais vous avez laissé le flux télévisuel vous approcher, puis vous enrôler. Vous avez lâché la télécommande et suivi l’épisode jusqu’à son terme. C’était donc ce que vos amis appelaient une série ; du moins, ce fut votre conclusion.

Conclusion que vous leur avez soumise. Ils ont violemment riposté, en ressortant des références énigmatiques qui, selon eux, correspondaient bien davantage à la série télévisée. Vous décrivant comme intelligent, ils ne vous ont d’abord pas cru. Vous leur avez rétorqué que réduire six ou sept millions de téléspectateurs à une masse homogène d’idiots était pour le moins condescendant. Puis vous leur avez confirmé avoir regardé l’épisode de la veille, et envisagé de jeter un œil sur la suite. Ils en sont restés coi.

Paradoxalement, vous n’avez pas pu leur expliquer cette attirance. Il vous est arrivé, durant votre enfance, de tomber sur quelques plans d’Arnold et Willy ou de K-2000, mais jamais plus de dix minutes. Vous n’aviez pas beaucoup de temps à consacrer à la télévision, préférant le dédier à l’achèvement de puzzles de 1000 pièces. Il est donc d’autant plus surprenant d’être charmé de la sorte par un format télévisuel bien peu subtil sur le fond et fort peu novateur dans la forme. Vous avez cessé de chercher des arguments tout en remarquant que certains acteurs tenaient la route.

Vos amis ont pensé qu’un néophyte en matière de séries se devait sans doute de commencer par la base, avant de chercher des choses plus audacieuses. Souhaitant vous limiter à la création française, ils vous ont donc prêté les premières saisons de Braquo, de Mafiosa, de Reporters, et enfin de H, pour la caution comique. Vous avez détesté, de A à Y. Vous avez été saisi par la tension inhérente à l’intrigue de Reporters, mais avez vite lâché prise, trouvant le tout un peu répétitif. Vos amis ont abandonné toute velléité et vous ont conseillé de reprendre vos lectures.

Vous leur avez obéi, mais vous ne ratez parallèlement plus un seul épisode de Plus belle la vie. En secret.


samedi 5 mai 2012

Un coup d'oeil dans le miroir


Depuis une semaine, vous avez l’âge du Christ lorsqu’il est mort, mais n’avez pas l’impression d’être en communion avec lui. Il faut dire que vous avez grandi dans une famille communiste très attachée à la laïcité. Mais votre mère, la plus politisée de tous, est décédée il y a deux ans, et les repas du dimanche sont désormais moins tendus - surtout que votre petit ami vote à droite.

C’est d’ailleurs lui qui vous a rendue accro aux séries télévisées. Vous lui en voulez un peu, parce que de ce fait, votre vie sociale s’en ressent. Vous n’allez plus au théâtre, et ne faites plus les magasins le samedi après-midi. Toutes vos habitudes de célibataire ont été bousculées. Ce n’est pas un mal ; il fallait que ça change. Il n’empêche que tout cela vous manque, parfois.

Vous continuez cependant à regarder Ce soir (ou jamais !), une émission qui vous plait une fois sur deux, mais dans laquelle la politesse des intervenants vis-à-vis de leurs interlocuteurs vous apaise. Vous êtes surtout amoureuse de Frédéric Taddéi, sans jamais avoir osé l’avouer à quiconque. Vous trouvez ça un peu idiot, d’admirer un animateur de télévision dont on ne connait rien du quotidien. Il vous attire physiquement, son état d’esprit vous a toujours plu, c’est tout ; pas de quoi le crier sur tous les toits. Néanmoins, vous êtes heureuse d’être charmée par cet homme-là. Vous l’auriez été par Pascal Bataille, votre santé mentale et intellectuelle n’en serait pas là.

 
Vous avez fait le rapprochement entre ces deux hémisphères il y a quelques jours, lorsque vous avez commencé la deuxième saison de The Killing avec votre petit ami – qui a littéralement fondu devant la première saison, jusqu’à en oublier un entretien d’embauche. Cette fois, vous n’avez pas attendu la diffusion du dernier épisode pour la commencer. Vous n’êtes pas patients, cela vous a d’ailleurs joué des tours au moment où vous êtes allée insulter votre nouveau voisin pour tapage nocturne (mais c’est une autre histoire).
Au tout début du premier épisode, après le sempiternel retour sur ceux qui le précède, vous voyez Sarah Linden se passer de l’eau sur son visage, se redresser puis se regarder dans le miroir. La caméra s’attarde dix secondes sur elle. Visiblement, on veut vous faire comprendre quelque chose, surtout que Sarah inspire et expire ;  elle s’apprête à agir, peut-être à prendre une décision qui s’avérera décisive. Finalement, elle sort des toilettes de l’aéroport et se dirige vers son fils. Vous êtes un peu déçue.

Surtout, vous ne comprenez pas cette obstination qu’ont les réalisateurs de cinéma ou de télévision à filmer des reflets. C’est au milieu de l’épisode, tandis que cette question vous taraudait, que vous est revenue le souvenir de Jeanne Moreau qui, répondant à une interrogation de Taddéi sur le même sujet, lui avait répondue : « C’est le miroir de l’âme. » Sur le coup, vous n’aviez pas relevé, mais en y réfléchissant le lendemain, vous aviez trouvé le procédé un peu facile, la ficelle un peu grosse. Quand vous avez besoin de vous remettre en question après une journée difficile, par exemple, vous n’occupez pas la salle de bains pendant quinze minutes pour sonder votre conscience. Ça vous coûterait moins cher qu’une séance chez votre psychologue, mais ça serait sûrement moins efficace.

Vous en avez parlé à votre petit ami, qui n’avait pas d’avis sur la question. Votre psychologue non plus. Vous vous êtes alors rangée à la réponse de Jeanne Moreau, mais cherchez depuis une explication plus convaincante.