jeudi 10 mai 2012

Mistral gagnant


Vous ne vous étiez jamais intéressé aux séries télévisées. Vous n’en aviez jamais regardé, à vrai dire, et vous passiez alors pour un extraterrestre auprès de vos amis célibataires, pour lesquels la sortie d’inédits de The Big Bang Theory et de How I Met Your Mother constitue l’un des seuls rayons de soleil hebdomadaires. Vous n’osez leur prodiguer des conseils littéraires, pour la simple et bonne raison qu’ils vous traiteraient certainement de snob. Refusant d’aller au-devant du danger, vous éludiez simplement le sujet lorsqu’il était posé sur la table de débat.

Vous ne vous attendiez donc pas à vous laisser tenter par Plus belle la vie. Vous n’êtes pas idiot, vous connaissiez la réputation de la série avant de tomber dessus par le plus grand des hasards. Dans tous les cas, vous vous seriez aperçu par vous-même que son intérêt n’était pas celui que vous portez à Stendhal. Mais vous avez laissé le flux télévisuel vous approcher, puis vous enrôler. Vous avez lâché la télécommande et suivi l’épisode jusqu’à son terme. C’était donc ce que vos amis appelaient une série ; du moins, ce fut votre conclusion.

Conclusion que vous leur avez soumise. Ils ont violemment riposté, en ressortant des références énigmatiques qui, selon eux, correspondaient bien davantage à la série télévisée. Vous décrivant comme intelligent, ils ne vous ont d’abord pas cru. Vous leur avez rétorqué que réduire six ou sept millions de téléspectateurs à une masse homogène d’idiots était pour le moins condescendant. Puis vous leur avez confirmé avoir regardé l’épisode de la veille, et envisagé de jeter un œil sur la suite. Ils en sont restés coi.

Paradoxalement, vous n’avez pas pu leur expliquer cette attirance. Il vous est arrivé, durant votre enfance, de tomber sur quelques plans d’Arnold et Willy ou de K-2000, mais jamais plus de dix minutes. Vous n’aviez pas beaucoup de temps à consacrer à la télévision, préférant le dédier à l’achèvement de puzzles de 1000 pièces. Il est donc d’autant plus surprenant d’être charmé de la sorte par un format télévisuel bien peu subtil sur le fond et fort peu novateur dans la forme. Vous avez cessé de chercher des arguments tout en remarquant que certains acteurs tenaient la route.

Vos amis ont pensé qu’un néophyte en matière de séries se devait sans doute de commencer par la base, avant de chercher des choses plus audacieuses. Souhaitant vous limiter à la création française, ils vous ont donc prêté les premières saisons de Braquo, de Mafiosa, de Reporters, et enfin de H, pour la caution comique. Vous avez détesté, de A à Y. Vous avez été saisi par la tension inhérente à l’intrigue de Reporters, mais avez vite lâché prise, trouvant le tout un peu répétitif. Vos amis ont abandonné toute velléité et vous ont conseillé de reprendre vos lectures.

Vous leur avez obéi, mais vous ne ratez parallèlement plus un seul épisode de Plus belle la vie. En secret.


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