dimanche 24 juin 2012

Twin Pics

Twin Peaks. Ces deux mots vous ont longtemps poursuivie, depuis vos premiers amours télévisuels jusqu’à ce que vous fassiez enfin le pas décisif. Certains amis vous les rappelaient régulièrement, et votre sœur vous proposait souvent de vous prêter le coffret sur lequel ils figurent. Même votre médecin, lors d’un contrôle de routine, les a évoqués au détour d’une conversation sur vos préférences en matière de boisson :
- Je prends une petite dizaine de cafés par jour.
- Ma parole, vous êtes comme Dale Cooper !
Vous n’avez pas compris la référence mais, en le voyant ricaner à sa plaisanterie, très fier de lui, vous avez préféré lui sourire afin d’éviter une explication de texte toujours très embarrassante.

Un dimanche pluvieux (un pléonasme lorsqu’on vit à Brest), vous avez mis de l’ordre dans votre chambre, nourri votre chat sur le déclin et essuyé la vaisselle. Ayant vu votre sœur l’avant-veille, vous aviez le coffret des deux saisons de Twin Peaks en votre possession. Vous vous étiez réservée l’après-midi pour visionner les premiers épisodes. Vous avez sorti le premier CD de sa pochette, l’avez regardé sous toutes ses coutures pour vérifier qu’il n’ait pas de poussière ou d’entaille sur la partie gravée, puis l’avez inséré dans votre lecteur. Votre cœur battait. Vous vous sentiez un peu idiote, au milieu de votre salon, télécommande en main, n’osant vous asseoir et profiter de la série avec votre verre de grenadine. Au bout de quelques minutes, fatiguée par la répétition du menu du CD, vous avez sélectionné le premier épisode et vous êtes adossée.

Les quatre-vingt-dix premières secondes de celui-ci forment le générique. Un générique étendu, étiré, avec seulement une dizaine de plans, là où on essaie généralement d’en mettre le plus possible pour faire comprendre le maximum de choses. On interprète toutefois certaines choses avec ce générique, comme le fait qu’il s’agit d’une ville dans sa globalité, et donc d’une population dans son entièreté. Les fondus enchainés, la lenteur des travellings, la tristesse de la photographie vous ont d’emblée déçue.

Finalement, c’était pour mieux se réjouir de la qualité de la série, de la profondeur de ses personnages, de la richesse de ses dialogues, de l’attention portée aux nombreux seconds rôles. L’intrigue vous  a moins fait palpiter que l’atmosphère assez malsaine qui se dégageait au fil des épisodes. Vous vous êtes néanmoins arrêtée après le quatrième épisode, tenue par un rendez-vous de début de soirée et par le souhait de fractionner le plaisir sur plusieurs jours.


 Twin Peaks. Ces deux mots vous poursuivent toujours, mais désormais pour d’autres raisons.

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