Twin Peaks. Ces deux mots vous ont longtemps poursuivie, depuis
vos premiers amours télévisuels jusqu’à ce que vous fassiez enfin le pas
décisif. Certains amis vous les rappelaient régulièrement, et votre sœur vous
proposait souvent de vous prêter le coffret sur lequel ils figurent. Même votre
médecin, lors d’un contrôle de routine, les a évoqués au détour d’une
conversation sur vos préférences en matière de boisson :
- Je prends une petite dizaine de cafés par jour.
- Ma parole, vous êtes comme Dale Cooper !
Vous n’avez pas compris la référence mais, en le voyant
ricaner à sa plaisanterie, très fier de lui, vous avez préféré lui sourire afin
d’éviter une explication de texte toujours très embarrassante.
Un dimanche pluvieux (un pléonasme lorsqu’on vit à Brest),
vous avez mis de l’ordre dans votre chambre, nourri votre chat sur le déclin et
essuyé la vaisselle. Ayant vu votre sœur l’avant-veille, vous aviez le coffret
des deux saisons de Twin Peaks en votre possession. Vous vous étiez réservée l’après-midi
pour visionner les premiers épisodes. Vous avez sorti le premier CD de sa pochette,
l’avez regardé sous toutes ses coutures pour vérifier qu’il n’ait pas de
poussière ou d’entaille sur la partie gravée, puis l’avez inséré dans votre
lecteur. Votre cœur battait. Vous vous sentiez un peu idiote, au milieu de
votre salon, télécommande en main, n’osant vous asseoir et profiter de la série
avec votre verre de grenadine. Au bout de quelques minutes, fatiguée par la
répétition du menu du CD, vous avez sélectionné le premier épisode et vous êtes
adossée.
Les quatre-vingt-dix premières secondes de celui-ci forment
le générique. Un générique étendu, étiré, avec seulement une dizaine de plans,
là où on essaie généralement d’en mettre le plus possible pour faire comprendre
le maximum de choses. On interprète toutefois certaines choses avec ce
générique, comme le fait qu’il s’agit d’une ville dans sa globalité, et donc d’une
population dans son entièreté. Les fondus enchainés, la lenteur des
travellings, la tristesse de la photographie vous ont d’emblée déçue.
Finalement, c’était pour mieux se réjouir de la qualité de
la série, de la profondeur de ses personnages, de la richesse de ses dialogues,
de l’attention portée aux nombreux seconds rôles. L’intrigue vous a moins fait palpiter que l’atmosphère assez malsaine
qui se dégageait au fil des épisodes. Vous vous êtes néanmoins arrêtée après le
quatrième épisode, tenue par un rendez-vous de début de soirée et par le
souhait de fractionner le plaisir sur plusieurs jours.
Twin Peaks. Ces deux mots vous poursuivent toujours, mais désormais
pour d’autres raisons.

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