dimanche 10 juin 2012

Tout près, trop près...


Vous n’aviez pas grand-chose à faire, ces derniers temps. Au chômage depuis deux mois, vous étiez en recherche permanente les trois premières semaines avant que votre détermination ne décline lentement (en même temps que la hauteur de votre compte en banque). Pour changer d’état d’esprit, vous êtes allé voir quelques amis, dont les conversations gravitaient toutes autour du travail. Ça vous a un peu déprimé. Vous êtes allés au théâtre, un peu au hasard, mais êtes tombé sur une pièce mettant en scène deux avocats assoiffés de pouvoir. Vous en êtes ressorti complètement abattu. En rentrant chez vous, vous avez allumé la télévision au moment où passait une publicité vantant le mérite professionnel. Vous avez pris un cachet, changé la taie d’oreiller (vous êtes superstitieux) et éteint la lumière. Soucieux de relativiser dès qu’il s’agit de malheurs personnels, vous vous êtes dit que vous l’avez quand même échappé belle puisque vous n’avez ni vu le nouveau film de Roland Emmerich, ni écouté le dernier album de Muse.

Le lendemain, vous vous êtes levé du bon pied, et pour cause : l’animateur radio vous annonçait soixante minutes de musique non stop (sans publicité, s’entend) avec Georges Michael, les Cranberries et Linda Lemay. Un programme éclectique et audacieux que vous n’avez pas osé tester, et qui vous a donc rapidement sorti de votre léthargie. Une fois debout, vous vous êtes dirigé vers votre cuisine, dont la fenêtre donne sur la rue. Un échafaudage vous couvrait complètement la vue, et vous avez été obligé d’allumer un spot pour prendre votre petit-déjeuner. Les éléments se déchainaient contre vous. N’étant guère en mesure de provoquer Satan, dont on dit que la colère ne connait pas de limite, vous vous êtes affalé dans votre canapé et avez saisi le premier magazine qui vous est passé sous la main. Pas de chance, c’était celui laissé par votre neveu lors de son dernier passage chez vous. Paradoxalement, après deux-trois minutes de lecture d’Abricot, vous avez bien accroché.

Quelques heures plus tard, en fouillant quelques vieilles affaires,  vous êtes retombé sur le coffret de la première saison de Six Feet Under. Vous l’aviez longtemps cherché et, depuis le temps, pensiez l’avoir perdu. Surpris et ravi, vous avez inséré le deuxième CD dans votre lecteur, celui qui contient votre épisode préféré. Vous n’avez pas décroché l’écran de l’après-midi. Lorsque votre estomac vous a rappelé qu’il attendait une ou deux choses à se mettre sous la dent, il était 1h du matin. A votre corps défendant, vous avez fait une pause et pris un paquet de céréales, que vous avez intégralement englouti devant la succession de cadavres. 

Vous aviez un excellent souvenir de la série, et les intrigues ne vous étaient pas étrangères. En revanche, d’un point de vue formel, vous aviez quelques trous. Et, à la vue de quelques plans rapprochés sur les visages des personnages, cela vous a rappelé Sherlock Holmes, une série royale aux saisons courtes mais intenses qui vous avaient tout récemment passionné.




Ces plans sont nés d’un choix particulier de focale et, bien que le second soit nettement plus ostensible que le premier, ils sont tous deux soumis aux mêmes questions : qui regarde les personnages de cette manière, en distordant la dimension de la réalité de cette façon ? Qui est aussi proche d’eux et semble leur vouloir du mal, que ce soit une douleur physique ou psychique ? Dans les deux cas, les scènes renvoient directement ou indirectement à la mort. Cela ne fait donc plus de doute : Satan tenait la caméra.

Lorsque vous l’avez compris, votre montre indiquait 3h30 du matin. Vous avez pris un cachet et changé à nouveau de taie d’oreiller. On n’est jamais trop prudent.

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